Visite (fin)
Quelques mois après son départ pour le "grand voyage", ma grand'mère revenait me rendre visite. Etrange et déroutant alors. Mais tellement enrichissant à présent.
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Alors que mon coeur saignait de trop de remords, de trop de regrets. De trop d'absence et d'incompréhensions. Alors que je ne comprenais rien, j'ai écrit le poème que je vous livre aujourd'hui.
DOMMAGE
J'ai épinglé ton image aux nuages
Puisqu'il pleut dans mon coeur,
Pour qu'à jamais ton visage,
Comme un soleil, soit mon bouquet de chaleur.
J'ai cueilli la fleur du grand marécage
Puisque dans ses eaux, taries de remords,
Mes souvenirs et mon coeur y nagent
Sans pouvoir changer le sud au nord.
J'ai brûlé de mon livre tant de pages
Puisque plus jamais tu n'y pourras écrire,
Et dans la fumée, j'ai vu ton visage,
Mais trop tard pour le retenir.
J'ai toujours cru que la larme soulage,
Mais aujourd'hui ce n'est pas le hasard
Si j'y vois en reflet ton regard
Qui tristement murmure :
"Dommage".
Illustration : P'tit Bob - d'après "Liefdesdroom" de W.Martens
Dommage.
Ce poème sorti du fond de mon coeur et de ma douleur, aujourd'hui, je ne l'écrirais plus.
Car, grâce à tout cela, j'ai grandi.
Les paroles et conseils que tu croyais bons mais que je ne voulais entendre car à l'encontre de mes désirs de vie fondamentaux, n'ont pas été prononcés en vain.
Si, suite à cela, nous ne nous sommes plus vus, ou si peu, ce n'est pas par hasard.
Si la souffrance intense que j'ai ressentie, si les remords et les regrets m'ont rongés, ce n'était que pour le Bien. Le mien.
Toutes les larmes que j'ai versées ont creusé des sillons où aujourd'hui, grâce à toi, des fleurs nouvelles et inattendues ont germé.
Et ta visite, Mémée ! Cette visite. Cette révélation. Cette clé. Ce cadeau. Ton cadeau. Sans tout ce vécu, sans toute notre histoire ainsi ressentie, tu ne me l'aurais jamais donné. Non pas que tu ne l'aurais voulu, oh non, mais tout simplement parce que je n'étais pas sur le bon chemin.
Notre histoire, aussi belle, aussi douce, puis aussi douloureuse, m'aura mis sur la route où tu as ouvert La porte, porte derrière laquelle tu m'attendais pour me dire " Entre, mon Biquet. Entre car, vois-tu, le chemin qui trouve à présent devant toi, c'est le chemin vers la Vie. Vers Ta vie. Ton Toi. Parce que je t'aime et que nous ne nous séparerons jamais, je t'ouvre cette porte et te laisse passer."
Depuis, je marche sur ce chemin, Mémée. J'ai même appris que j'y avais toujours été sans le savoir, sans oser me l'avouer, sans jamais avoir voulu ouvrir les Yeux. Et chacun des pas que j'y pose est un enchantement, une découverte, une confirmation. Et un immense élan d'Amour.
Alors aujourd'hui, je n'aurais pas écrit ce poème. Oh, non ! Aujourd'hui, je ne dirais pas "Dommage". Même si physiquement tu me manques encore. Aujourd'hui, le poème que je ferais, que je te dédierais, s'intitulerait : "MERCI"
Merci pour la douleur. Merci pour le manque. Merci pour les regrets lourds à porter. Merci pour les images de bonheur qui sont un éternel printemps. Merci de m'avoir fait vivre l'expérience difficile et merveilleuse qui m'a appris que derrière tout cela, il y a autre chose.
Même si je crains et si je tremble encore de perdre ceux que j'aime.
Cette révélation, je la souhaite à tous ceux qui souffrent de la perte d'un être cher.
Le chemin est long et pénible mais grâce à toi, Mémée, j'ai pu prendre un raccourcis. Car tu m'as tenu la main. Car tu m'as dit "Regarde. Ouvre les yeux. C'est par là".
Parce que tu m'as guidé.
Alors oui. Oh oui ! Merci.
Retrouvez les précédentes parties de "Visite" en cliquant sur les liens suivants :
1ère partie :http://ptitbob.neufblog.com/juste_comme_a/2007/01/la_nuit_avait_d.html
2ème partie : http://ptitbob.neufblog.com/juste_comme_a/2007/02/visite_suite.html
3ème partie : http://ptitbob.neufblog.com/juste_comme_a/2007/03/visite_3e_parti.html
4ème partie : http://ptitbob.neufblog.com/juste_comme_a/2007/04/visite_4e_parti.html