Visite (2e partie)
Ma grand'mère état venue me voir. "Et alors ?" direz-vous ? Ce qu'il y a d'étrange dans sa visite c'est qu'elle était décédée six mois auparavant. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne m'avait pas prévenue.
Voir "Visite" - note du 16/01/07 - rubrique "Et si c'était vrai ?"
pour y accéder cliquez sur le lien suivant :
http://ptitbob.neufblog.com/juste_comme_a/2007/01/la_nuit_avait_d.html
Je n'avais pas rêvé. Je l'avais vue, les yeux ouverts. Des sensations inconnues jusqu'alors se bousculaient en moi. L'effroi, la stupéfaction mais le plaisir aussi. Oui, un plaisir étrange et unique, mais surtout indescriptible. La déception aussi, celle que cet instant de grâce n'ait pas duré plus longtemps, que nous n'ayons pas échangé de paroles. Mais son regard remplacera à jamais malgré tout, chacun des mots existants sur cette Terre.
Quelques instants après que je ne saurais chiffré en unités de mesure, un frisson me parcouru le long de la colonne vertébrale : ce n'était pas possible, raisonnablement pas possible. Devenais-je fou ?
Et comment justement parler de cet évènement sans passer pour fou ? Comment trouver les mots justes aussi pour le décrire ? Une solution, la seule qui alors m'apparue la plus sensée : me taire !
C'est ce que j'ai fait pendant de nombreux mois. Des mois à se sentir enfermé dans une étrange prison, des mois à croire la voir partout, à lui parler avec des mots de silence. Je lui demandais de revenir aussi, de me rendre une autre visite. Je l'en implorais. Je la cherchais dans toutes les églises et chapelles qui se trouvaient sur mon chemin, ou plutôt que je mettais volontairement sur ma route. Je pensais l'y trouver, je pensais que dans ces lieux de recueillement mes mots de silence résonneraient plus fort. Je ne comprenais rien.
Mon entourage, ma famille se demandait ce qu'il m'arrivait et s'interrogeait à mon sujet allant jusqu'à sous entendre que j'allais peut-être rentrer dans une secte. Comme quoi l'ignorance ne provoque pas que des mots de silence !
Alors, quitte à passer pour un illuminé autant l'être pour ce que j'avais vécu. Evidemment, les réactions attendues ne se sont pas faites attendre. Que je sois fou, dans la bouche et le regards des autres, je pouvais le comprendre. Mais ce qui m'énervait le plus étaient les railleries qui faisaient penser que j'avais inventé cela pour me rendre intéressant. Quel intérêt ?
Quoiqu'il en soit, ma grand'mère me hantait. Elle était partout. Surtout en moi. Chaque jour, chaque nuit. Elle était là présente plus que jamais. Etouffante. Protectrice aussi comme elle l'avait toujours été avec moi depuis ma plus tendre enfance. Mais étouffante pour ne pas dire "envoutante".
Par contre, je n'ai jamais ressenti le sentiment de la peur, quelle qu'elle soit, ni même celle de l'inconnu.
Et un jour, alors qu'avec un ami, nous redescendions de Gap dans les Hautes Alpes et arrivions à la ville de Corps -Isère-, Nous prîmes la route de Notre Dame de la Salette. Mon ami qui conduisait se demanda pourquoi il avait pris ce chemin. Une route sinueuse longeant un précipice profond dans une vallée entre de hautes montagnes nous fit découvrir, après un dernier virage, la cathédrale de Notre Dame de la Satette.
Le lieu me plut immédiatement. Nous étions comme au milieu de nulle part. Le silence régnait accompagné par la seule musique du vent. Puis là, devant, la mère cathédrale.
J'y suis entré. Comment ne pas le faire ? J'ai ressenti une drôle de sensation. Celle d'être seul. Alors que, physiquement, je ne l'étais pas. Et j'ai parlé. Personne ne m'a entendu. Mes mots étaient intérieurs. J'ai chuchotté en moi de peur que mes mots de silence brisent celui qui régnait ici.
Seule une personne a entendu mes mots. M'a écouté. Ma grand'mère. Elle était là avec moi, je le savais. Je le sentait. Je LA sentait. Tout ce que je lui ai dit restera à jamais entre nous. Mais la seule chose que je me suis permis de révéler c'est que je lui ai dit que je l'aimais, que je ne l'oublierai jamais, mais aussi je l'ai supplié de me laisser tranquille. Je lui ai demandé de me laisser vivre ma vie et de vivre la sienne. Oui, de VIVRE la sienne.
Ces paroles étaient les miennes et elles sortaient comme dans un souffle intérieur. J'ai allumé quatre bougies. Et j'ai prié. Prié comme elle seule me l'avait appris, comme ce rituel d'amour qu'elle me demandait chaque soir avant de m'endormir quand j'étais enfant. Pour la denière fois, nous avons prié ensemble.
En sortant, et sur le chemin du retour, je me suis intérrogé : pourquoi lui avoir demandé de "vivre sa vie", je ne comprenais pas, c'était absurde. Elle était morte. Tout était confus en moi. Je ne comprenais toujours rien. Et pourtant...
Et depuis ce jour, elle ne me hante plus. Je suis serein. Je la remercie de tout cela. Je la remercie de m'avoir choisi. Mais ma grand'mère m'aimait tellement que j'aurais été vexé qu'elle ne fasse un signe à quelqu'un d'autre. C'était la suite logique de notre histoire. Mais ça, ça nous appartient, à elle et à moi.
Alors vous pouvez bien vous moquer et sourire en lisant ces mots, aujourd'hui, je m'en moque. Je sais que ma grand'mère a voulu me dire deux choses : qu'elle m'aimait et serait toujours là, et qu'il existait "AUTRE CHOSE". Grâce à cela, grâce à elle, j'ai ouvert d'autres portes...
Alors vous pouvez penser ce que vous voulez, je comprends aisément.
Mais moi, je suis riche de ça.
Merci Mémée. Je t'aime.
A suivre...
Le 19 septembre 1846, la Vierge apparut à deux jeunes bergers, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, à La Salette, en Isère.
