Rangés

J'ai vidé ma valise comme on meurt un peu, comme un corps vidé de ses entrailles.
Je l'ai refermée comme une bouche qui n'aurait plus de mots ou qui garderait les plus beaux pour plus tard quand un sourire lui fera entrouvir ses lèvres dans un sourire spécial et rare. Comme un oeil qui s'est refermé pour ne voir que ce qu'il a mémorisé, laissant l'autre observer la vie actuelle se dérouler pour lui, sachant qu'il ne peut regarder ce qu'il souhaiterai sinon de l'intérieur.
J'ai vidé ma valise et l'ai rangée soigneusement comme on range la lettre d'un amour trop loin et que l'on garde comme la relique préciseuse d'une histoire profonde, heureuse et douloureuse, sachant que je l'ouvrirais à nouveau pour en améliorer le texte et complèter l'histoire. Comme les épisodes d'un feuilleton dont on ne vivrait que le résumé, frustré par un retour qui ne permet pas de vivre les épisodes où l'on est trop absents.
J'ai rangé ma valise, amie fidèle, forte, silencieuse et patiente.
Ensemble, nous attendrons. Nous attendons déjà.
Comme elle, je me suis rangé quelque part, fidèle, fort, silencieux et patient. Mais je ne vous dirais pas où. Vous me verrez, vous me parlerez mais je serai rangé. Quelque part. Comme un bagage attend à la consigne une libération promise.
Comme on attend un train, un avion, un bateau trop en retard.
Vraiment trop en retard.
