Jusqu'à ses chemins
Le 08 juin 1992. Devant mon poste de télévision, je regarde l'édition régionale des informations de midi lorsque le présentateur annonce la présence de Sheila sur son plateau. Comme d'habitude, branle-bas de combat, je saute sur mon magnétoscope, cherche la cassette vidéo sur laquelle j'enregistre chacun de ses passages TV et appuye sur la touche REC. J'apprends alors que, dans l'après-midi même, Sheila sera à Lyon, place Bellecour, à la librairie Flammarion, pour une scéance spéciale de dédicaces de son livre fraîchement sorti "Chemin de lumière". Je décroche mon téléphone et appelle Véronique, ma cousine, mon amie, ma soeur, qui partage la même passion que moi depuis toujours pour Sheila. (A cette époque-là, je ne l'appelle pas encore "Vévé" puisque je ne m'appelle toujours pas "Roro", mais ça c'est une histoire entre nous que je vous raconterais peut-être un jour.) Quelques minutes plus tard, nous sommes ensemble sur la route qui nous mène à la rencontre de Sheila.
Arrivés place Bellecour, nous localisons rapidement la librairie et attendons. Sheila apparemment est en retard. Elle serait en train d'accorder des entretiens pour des journaux locaux. L'information n'ayant pas été largement diffusée localement, nous ne sommes pas nombreux à l'attendre et c'est tant mieux pour nous, égoïstes que nous sommes dans l'instant : elle sera ainsi un peu plus à nous.
Un taxi s'arrête et elle apparait. En pantalon bleu marine et chemise sans manches bleu ciel, bronzée, simple, belle et souriante. Elle nous salue gentiment, voire presque timidement. Elle avouera plus tard que ce genre de prestation est pour elle une grande première. Elle s'installe à une table où trône nombre d'exemplaires de ses "Chemins de lumière". Les gens commencent à arriver, à lui parler, à faire signer l'ouvrage et demandent à l'embrasser. L'artiste aura un sourire et un mot gentil pour chacun. Je me souviens d'un vieux monsieur d'environ 75 ans, voire 80, qui lui a déclaré, non seulement l'aimer beaucoup, mais qu'elle avait bercé toute son enfance. Sheila l'a embrassé et, dés qu'il fut ressorti, a éclaté dans un rire franc en plaisantant : "Si j'ai bercé son enfance ce devait être dans une autre vie ! Je ne suis pas si vieille que cela tout de même". Le ton qu'elle avait employé déclancha un rire général dans la librairie.
Elle a été disponible pour répondre aux questions de tout le monde, sur son parcours, sa vie et surtout sur le contenu de son livre, objet de sa venue.
Véronique et moi lui avons, non seulement fait dédicacés nos livres (dont nous avions d'ailleurs racheté un nouvel exemplaire chacun, juste pour le plaisir de l'instant) mais également tous les CD, 45 et 33 tours dont nous nous étions munis, sans parler des photos. Elle s'est plié à nos demandes (j'allais presque employer le mot "exigences") avec une gentillesse inouie. Nous en profitions car nous ne savions pas si nous la reverrions de la sorte un autre jour. Nous étions redevenus des enfants éblouis et c'était bon. Tellement bon.
Nous sommes restés avec elle jusqu'à la fermeture de la librairie, et avons attendu sa sortie et son départ en taxi. Il devait être 19 h 30.
Je ne m'attendais pas à rencontrer une femme si simple, si sympathique et pleine d'humour. Et je vous assure que je n'en rajoute pas sous l'effet de l'admiration que je lui voue. Cette femme, cette artiste est vraiment mal connue du grand public, je ne le répèterais jamais assez. C'est la seule chose la concernant que je déplore vraiment.
Suite à cette rencontre, j'ai écris une longue lettre à Sheila, à son domicile de Feucherolles, accompagné de photos prises ce jour-là. Dans mon courrier de plusieurs pages, je lui racontais des choses personnelles, intimes, mes tourments du moments et le bienfait que son livre "Chemins de lumière" m'avait apporté. (cela je vous l'ai déjà expliqué ici)
Je sais que Sheila a lu ma lettre. J'ai reçu un petit mot gentil de sa part sur le bristol qui accompagné les photos qu'elle me retournait dédicacées. Sur l'une d'elles était écrit "Je suis heureuse de voir que mes chemins de lumière t'ai fait du bien. Amicalement. Sheila". L'autre photo dédicacée prise ce jour-là, je vous la livre en illustration de ces quelques mots.
Chacune de mes rencontres avec Sheila fut un réel plaisir. Elle fut toujours abordable de façon raisonnable bien évidemment. Mais je n'attends rien d'elle dans ces moments-là. Malgré tout; elle m'a toujours donné et apporter quelque chose que seuls ceux qui l'aiment et la respectent sincèrement et tendrement peuvent comprendre.
Ces aventures, je les partage toujours avec Véronique, ma Véronique à moi. Et dans nos souvenirs de ces instants partagés avec notre "idole", il y a nos fous rires, nos délires complices et nos joies que seuls nous pouvons comprendre. Comprendre ? Je crois que ce qui est bien, c'est que justement nous ne cherchons même pas à comprendre. Comprendre le plaisir d'être ensemble, à quoi bon ? L'essentiel est d'être ensemble. Et Sheila multiplie malgré elle ce sentiment indescriptible entre nous. Je ne pouvais parler de ces instants de "grâce" avec Sheila sans vous parler d'elle. Je t'embrasse, ma Vévé.
Photos : P'tit Bob

