Excuse moi, Nicolas
Mes doigts t'ont donné vie. Ou du moins un passage, une essence pour que tu prennes envol. Je t'ai dessiné un visage mais il m'importait peu. Seul ton coeur m'interressait alors car j'en faisais le vase dans lequel je déposais le bouquet de mes émois profonds, de mes douleurs. De mes craintes et de mes frustrations. Des mes amours.
C'est pourquoi je t'ai installé dans des lieux, des situations qui me permettaient de te faire vivre un peu de mon Moi, même si beaucoup je ne les ai pas vécues ainsi. Tout était compliqué et c'est pourquoi je veillais sur toi. De mon coeur à mes doigts. Je ne t'ai pas choisi une vie aisée, mais sans moi tu n'existerais pas.
J'ai créé ton destin pour me soulager d'un poids. Excuse-moi, Nicolas.
Les personnes qui t'entourent je les ai voulues telles pour te déposer face au chemin que j'espèrais que tu prennes. C'était tellement plus simple pour moi. Chacun de mes mots étaient un pas pour toi. A chacune de mes ratures, tu trébuchais. Je pense à toi souvent et pour un peu, j'allais te demander de tes nouvelles.
Mais je n'écris plus. Tu ne vis plus. La page reste vide et blanche. Je ne t'accorde plus de mots et par conséquent, tu attends immobile.
Tu es parti avec une phrase de trop enchainée à ton corps. Nous deux seulement pouvons comprendre. Mais je vais t'en soulager. C'est une promesse.
Est-ce parce que ma vie s'est installée que je ne te donne plus ce souffle indispensable à ta vie ? Est-ce aussi parce que j'ai rangé en toi quelques uns de mes démons et qu'ainsi j'ai pu avancer plus léger et plus maniable ? Je le crois.
Ta vie trop courte, chapître ou paragraphe travesti de la mienne, est une pièce du puzzle de mon destin. Ce n'est pas rien.
Alors un jour, je te le promets, Nico, je reprendrais ma plus belle plume et ma plus belle encre pour poursuivre l'écriture de ta vie de personnage que j'ai créé dans mon rêve un peu fou d'écrire un roman. Nicolas, ton existence ne tient que dans cent cinquante pages. Pour l'instant.
J'allais te demander de passer mon bonjour à Mickaël, mais je ne suis qu'un idiot. S'il s'est éloigné toi, c'est ma faute. Si Michèle est apparue, c'est ma faute aussi. C'est moi qui l'ai voulu ainsi. Excuse-moi, Nicolas. Je vais m'occuper et remettre de l'ordre dans leur vie pour que la tienne ait une fin plus heureuse.
Du moins vais-je essayer. Car je ne suis pas seul responsable.
Elle m'a quitté et sans elle, je ne peux rien pour toi. Et je la cherche, Nicolas, je la cherche. Quand je pense la reconnaître, elle demeure sourde à mes implorations. Pourtant elle n'est pas loin, je la sens souvent mais à chaque fois, elle n'est qu'un souffle qui passe. Alors Nicolas, je te le demande, pour toi comme pour moi, si elle te rejoint avant moi, dis-lui de venir faire un séjour chez moi. Je l'attends depuis longtemps. Elle, l'inspiration. Elle, qui me fera écrire la suite de ta vie. Elle, qui me donnera la clé pour te délivrer des chaînes du personnage de mon roman. Pour que tu vives à nouveau.
Je n'oublie pas ma promesse. A bientôt, Nicolas.

