Nuit assassine
Je me souviens que l'inspiration de ce texte m'avait envahi après l'écoute de chansons de Barbara. Les mots se sont imposés à moi et ma main les a écrits, je dirais même "retranscrits". D'où venaient-ils ? Pourquoi sortaient-ils à cet instant ? Je ne sais pas. Je ne veux pas le savoir.
Aujourd'hui, je vous les propose. C'était il y a quelques années déjà.
NUIT ASSASSINE
Dans la ville immense,
Celle où les oiseaux vous frôlent,
Elle avance,
Pas à pas, baissant les épaules.
Sur les toits froids, la nuit tombe.
Le voile bleu se froisse
Et nait alors l'autre ombre,
Celle qui rend floue l'angoisse.
Inlassablement, elle avance,
Soufflant sur son passage une âpre odeur de rance.
Le vent nocturne la porte
De voûtes en porches.
Qu'elle entre, qu'elle sorte,
L'ombre masque sa caboche.
Les lunes d'artifice lèchent les murs,
Les rideaux de soie se tirent
Et se lèvent les murmures
Qui financent les sourires.
La couverture de nuit borde les rues
Où elle poursuit son chemin,
Pressant le pas comme un intrus,
Guettant le coin du sans-lendemain.
Langoureusement, elle avance,
Prophétie de la vie qui marque l'ultime sens.
Soudain s'éclaire son oeil.
Fatal face à face
Qui, à coups de cercueil,
Lui fera prendre place.
La colombe éternelle,
A ce lampion de deuil,
Se brûle les deux ailes
Et bénit le linceul.
Dans cette ville immense,
Celle où l'oiseau s'envole,
A nouveau elle s'élance
Dans cette course folle.
Le nappage quotidien de lueur
Coule sur les toits refroidis,
Comme si l'avenir ne serait que douceur
Et image de paradis.
C'est le jour qui pointe
Sur la nuit assassine,
Ignorant que sont jointent
Deux mains orphelines.