Matin bizertin
Le soleil sort d'une nuit chaude et transpirante et, comme autant de bras qu'il étirerait, pointe ses rayons encore engourdis dans les embruns du vieux port de Bizerte. Est-ce pour y réchauffer l'eau ou pour, dans une toilette régénérante, se raffraichir lui même ? Peu importe ; l'essentiel est que, dans l'instant, dans ce maintenant béni, il peint la vie d'une lumière douce et sereine. Je deviens alors l'élément microscopique du tableau d'un peintre majestueux au talent et à la perfection extrèmes.
Le rideau se lève dans une lenteur trop rapide à mon goût sur une scène de la vie bizertine. Les bateaux de pêche enfilent leurs couleurs les plus vives pendant que les hommes réparent leurs filets fatigués. Les terrasses des maisons rosissent et les volets bleus s'ouvrent sur les bruits colorés d'une ville encore engourdie. Un cheval claque ses sabots sur le pavé pendant que les criées s'échappent déjà du marché de poissons. Les acteurs du quotient entrent en scène chacun leur tour dans ce décor déjà trop vite changeant.
Installé à la terrasse, face au port, je bois mon café "allongé" ou mon "capucin" et me nourris de la beauté offerte à mes yeux jamais rassasiés. Spectateur privilégié, je me sens profondément bien et languis déjà le rappel bissé de cet instant qui se rejoura soit, ici, demain, si le soleil n'est pas remplacé dans son rôle, soit ailleurs, au gré de mes envies, voire de mes besoins, en plongeant dans le coeur de mes souvenirs les plus doux.
J'aime Bizerte au petit matin.
Et bientôt j'y serai.
Inch'Allah.

