Ecoutez...
Ecoutez... le rire des enfants qui jouent et qui courent dans le temps. Le claquement des sabots d'un cheval qui passe rythmant la plainte d'une charette qui se traine. Les cris étouffés d'un corps qui aime d'amour. Les larmes de la terre qui tend les bras à un enfant qui nait. La poussière qui s'envole sous les ailes d'un oiseau qui passe...
Ecoutez... le crissement blanc des vendredis. L'appel du muezzin qui plane au delà des toits jusque dans les consciences comme la caresse ou la crainte d'un ailleurs. Les blouses roses et bleues des écoliers qui pleurent un jour de rentrée des classes ou qui se pressent fièrement sur le chemin d'une nouvelle école.
Ecoutez... la prière qui soulève un corps sans vie sur un torrent de larmes. Le parfum des plats épicés qui profitent d'un moment d'inattention pour s'évader à travers le fer forgé d'une fenêtre entrouverte. Le souffle du vent qui, sournois, soulève le rideau d'une porte comme la jupe d'une femme pudique.
Ecoutez... la peinture qui s'écaille comme on déchiffre un message. La pierre mise à nue par le temps comme un secret trop longtemps contenu. Le temps qui s'est arrêté un instant contre et dans ces murs pour à jamais y graver son passage. L'herbe sans domicile qui s'est arrêtée pour entendre les histoires de la bibliothèque que sont ces rues sans âge.
Ecoutez...le passé qui s'offre à vous dans ces rues riches et bavardes. Les murs tremblants de l'envie de vous emporter dans leurs fissures sans fonds jusqu'au tourbillon du temps d'avant. Le sang qui a coulé dans la naissance ou dans la mort qui, se melant aux larmes de joies, de bonheur, d'amour, de peur ou de douleur, ont assemblé en un ciment de vies les pavés, les pierres, les poutres, les aciers de l'Histoire.
Ecoutez... le conte hurlé de ces rues anciennes qui ne vivent souvent que pour nous qui passons sans savoir les entendre. Ecoutez avant qu'elles ne rejoignent le néant de la modernité froide et uniformisée.
Ecoutez... l'âme de ces endroits devenus autant de livres encores indéchiffrés qui souffrent d'être trop incompris, trop ignorés.
Ecoutez... l'âme de la vie qui vous a mené d'un passé lointain et sans âge, à poser vos pieds, ici, dans un présent certain, pour qu'à votre tour la trace de vos pas, à jamais soit mélée à l'histoire de ces rues anciennes et résistantes.
Ecoutez... parce que votre passage d'aujourd"hui sera demain dejà inscrit dans l'âme de ces endroits. Si vous vous arrêtez, si vous regardez, si vous caressez, si vous ressentez, si vous écoutez les temoignages de l'âme de ces rues que j'aime tant.
Parce que, ensemble, nous marchons tous sur les chemins d'hier, parce qu'un jour, dans une vie prochaine, nous écouterons l'histoire que nous aurons écrite sur les murs de nos vies.
Photos : P'tit Bob
Rues d'autrefois, je vous ressents, vous le savez. Ruelles d'antant, je vous aime et vous aimez m'avoir en vous. Comme un échange, un corps à corps intime, invisible, silencieux et profond. Parlez-moi encore, parlez moi à chaque fois. De vous, de moi. De tout. Du tout.
Je vous aime méditerranéennes mais vous écouterais, vous aimerais où que vous soyez. Dans la beauté des mots de vos silences riches et bavards.