Petit oiseau

Publié le par ROBERT MARTIN

C'était un beau et doux matin de printemps. Sept heures et des poussières à la montre. Avant de me rendre au bureau, je m'installe à la terrasse d'un café. Un express et un pain au chocolat comme petit déjeuner dans cette rue de centre ville où, déjà, passent bus et autos. Le soleil colore juste la pointe des toits et réveille en douceur les citadins. Je touille mon café, en bois une gorgée.

Soudain, un petit être se pose sur le dossier de la chaise juste en face de moi. Il n'a pas l'air effrayé et me regarde calmement. C'est un moineau banal aux couleurs griâtres teintées d'un peu de vert, teintés d'un peu de brun. Etrangement, je suis heureux de cette visite matinale. Il me regarde et tourne sa tête à droite, et tourne sa tête à gauche. Je coupe un petit morceau du pain au chocolat et, du bout des doigts, le lui tends. Alors que je m'attendais à ce qu'il prenne son envol. Il saute sur la table, vient jusqu'à ma main et picore la gourmandise offerte que je tiendrais entre mes doigts jusqu'au bout. L'oiseau, affamé sûrement, n'en reste pas là. Il sautille en direction, toujours sur la table, et prend place sur la petite assiette où était posé le pain au chocolat. Et il se remet à manger. Il est à trente centimètres de moi et il n'a pas peur. Je le laisse picorer en observant cette scène charmante. Je suis captivé par ce petit moineau audacieux et surtout par le fait que je ne l'effraie pas. Je tente un geste et prends ma tasse. Il ne bouge pas, me regarde et poursuit son repas matinal. Je repose ma tasse et c'est comme si une confiance s'instaurait naturellement.

La ville semblait devenue silencieuse. Seul existait cet instant magique entre lui et moi. Cela peut vous paraître naïf, bien sûr, mais il ne m'en faut pas plus pour avoir le coeur joyeux. Ce sont des instants de bonheur trop rares que nous offrent la Vie. Et je n'aurais qu'un conseil à vous donner : savourez ces instants qui peuvent sembler sans intérêt mais qui sont une richesse et un don. Nous passons trop souvent à côté de choses simples et inatendues, perdus dans le tourbillon d'une vie où nous ne laissons pas de place aux moments simples, beaux et remplis d'amour, cadeaux de la Vie. N'importe où, n'importe quand, sachez regarder, sachez voir et sentir que le bonheur n'est peut-être pas là où vous le cherchez, où vous l'attendez.

Moineau

Ce matin-là, un petit oiseau sans importance m'a salué. Il m'a choisi. Je l'en remercie.

"Petit oiseau sans importance" ai-je dit ? Vraiment ? Alors pourquoi plus de dix ans après, je pense encore lui ?

On apprend de tous, de tout, à chaque instant. Même d'un moineau des villes. Il suffit de le savoir. De le vouloir.

D'ouvrir les yeux.

D'ouvrir son coeur.

Quelques minutes. Quelques secondes.

Même à un petit oiseau.

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Publié dans Juste comme ça

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